Comment rencontrer Dieu à l'intérieur


Mère Agnes Mariam de la Croix

 

Comment rentrer en relation avec le Seigneur dans l’intérieur du cœur ? En faisant attention à soi.  Maintenant je vous parle, si quelqu’un est distrait, il ne m’entendra pas. Est-ce important d’être à l’intérieur, d’être conscient de soi ? Oui ! C’est la chose la plus importante au monde puisque le Seigneur dit : « Que sert-il à l’homme de gagner le monde entier s'il perd son âme »  (Mc. 8,36) ? Et encore : « Que pourra donner l’homme comme rançon pour son âme » (Mc 8, 36) ? Je suis la chose la plus importante pour Lui. Je ne peux rentrer en relation avec Lui si je ne suis pas , présent.

 

Dieu n’est pas présent à moi, si je ne le suis à Lui. Si quelqu’un vient pour visiter ce monastère et qu’il n’y a personne pour le recevoir, il quittera sans plus. Celui qui vit et oublie Dieu ne L’aime pas. Il n’a pas besoin de Lui. Il ne s’est pas rendu compte que Dieu est très important dans la vie.

 

Le papillon

 

Quand on quitte sa maison intérieure pour se divertir dehors on devient comme des papillons : on voltige vers la place publique pour jouer, rencontrer des amis, bavarder, voir le cinéma, … Pourquoi sort-on de sa maison intérieure, pourquoi se distrait-on ? Parce qu’on n’a pas trouvé cent pour cent de plénitude  ici et maintenant. Sauf quand il y a un événement extraordinaire, là on ne se distrait pas – l’évènement attire notre attention. Un cas d’exception : les malades. Ils ont la puissance de s’échapper de la réalité, quelle qu’elle soit.

 

Au commencement on recherche le bonheur. Ce n’est pas une chose innée de rentrer au-dedans de soi. Pourquoi ? A cause du péché originel. Au lieu d’avoir d’une manière innée, naturelle, la conviction, l’instinct, de vivre à l’intérieur de soi on quitte sa maison pour voltiger chez les voisins. L’épouse dans le Cantique des Cantiques dit : « Ma vigne, à moi, je ne l'ai pas gardée ». (Ct. 1, 6), c.à.d. je ne me suis pas occupée de moi-même. On s’est occupé de 1001 choses, et cela depuis qu’on est né, mais est-ce qu’on s’est occupé de soi ?

 

Je me suis occupée de moi, mais d’une manière égoïste : ma pensée, mes idées, pourquoi est-ce qu’on ne m’aime pas, …  C’est la manière de Satan de nous distraire de notre vrai moi-même, de [nous empêcher] de livrer notre vrai moi-même à Dieu. Il fait de nous des gens très bon marché. Il fait qu’on s’occupe de nous-mêmes d’une façon extérieure, artificielle – à être le plus en vue, le plus recherché : l’orgueil, l’égoïsme et les caprices. Ce n’est pas moi-même, c’est l’ancien homme en moi. Ce n’est pas Jacob, c’est Esaü (cf. Ma. 1,3); pas Isaac mais Ismaël (cf. Gn. 16, 5). On ne peut pas rester en soi s’il y a encore quelque chose du dehors qui nous attire.

 

Pourquoi rester à l’intérieur ? Parce qu’en moi réside le Seigneur. St Jean dit dans son Evangile : Le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (cf. Jn. 1,9).  La lumière à l’intérieur de moi me fait dire « moi » ; les animaux ne peuvent dire « moi ». Celui qui dit « moi » est une personne consciente, intelligente. Cette lumière est la lumière d’en-haut. Dieu fait que l’homme peut dire « je suis ». Il le créa à son image et à sa ressemblance.

 

La relation intérieure avec Dieu est basée sur la foi

 

Quand on a conscience que Dieu est à l’intérieur on établit une  relation avec Lui dans la foi. Pourquoi la foi ? Moi, je peux être conscient de moi-même puisque je me sens, mais je ne sens pas Dieu. Cette relation est donc forcément basé sur la foi : je crois que Dieu est à l’intérieur de moi.

 

Jésus est venu pour sauver l’homme de la perdition. Le premier embryon de la perdition, c’est la distraction. Chaque distraction est un acte de mort : l’âme quitte le corps, il l’abandonne ; comme-s’il rentrait dans le coma : « tiens, je n’étais pas là ». Comment peut-on aimer quelqu’un si on n’est pas avec lui ? Imaginez une mère qui laisse son enfant sans surveillance pour aller se promener : elle ne l’aime pas. Le fondement, c’est d’être présent. Dieu est présent. En Dieu il n’y a pas de ténèbres, aucune distraction, aucune absence : Il est le soleil qui ne se couche jamais, Il est toujours là.

 

Nous respirons de l’oxygène, nous le savons, même si on ne le voit pas. Mais plus proche que l’oxygène que nous respirons est notre Dieu qui vit à l’intérieur de nous. Le bon Dieu est plus proche que notre artère, que notre aorte. Comment est-ce possible qu’il est si difficile de te rencontrer, oh Dieu ?

 

C’est plus facile pour le baptisé. Le baptisé est comme celui qui a été circoncis ; des ciseaux ont ouvert son cœur[1] : il y a une relation directe entre lui et son Dieu parce que Dieu habite en lui. N’habite-t-Il pas dans tous les hommes ? Il habite à l’intérieur du  baptisé parce qu’il y a été invité, Il a les clefs de la maison ; une maison consacrée à Lui. Pour les autres, il est encore dehors, il n’y a pas d’alliance. Le chrétien qui ne fait pas attention à son cœur pèche plus que le musulman qui manque cette attention. Dans le christianisme le bon Dieu ne nous demande pas de faire des prosternations, de se laver multiple fois par jour. Il a donné son sang pour que nous soyons à Lui, pour qu’on se consacre à Lui.

 

Quand j’ai toute la personne, je ne demande plus rien d’elle.  Je ne vous appelle plus serviteurs à qui il est demandé de faire telle et telle chose, Je vous appelle amis (cf. Jn. 15, 15). Il peut donc tout me demander. C’est ainsi qu’Il dit encore : « Mon fils, donne-moi ton cœur » (Pr. 23, 26). Ne demandons donc plus: que veut Dieu de nous ? Il ne veut rien, il nous veut. Comment va-t-on se donner à Lui ? Va-t-on prendre un couteau pour sacrifier notre frère comme Abraham allait faire pour son fils Isaac  (cf. Gn. 22) ? Non !

 

L’attention amoureuse

 

Donnons-Lui notre cœur dans l’attention amoureuse autant de fois qu’on pourra durant la journée. L’attention amoureuse, c’est prendre conscience de soi très souvent durant la journée; prendre conscience que Dieu est à l’intérieur de nous et Lui offrir notre cœur. Cela demande un peu d’amour, c’est tout.

 

L’attention amoureuse s’exerce par excellence durant l’oraison ou la prière du cœur. Durant cette prière on ne dit pas de chapelet, on ne fait pas de lecture spirituelle ni des de prières orales. On peut utiliser la prière orale pour attirer, orienter son attention mais le plus important durant cette prière est de poser son attention devant le Seigneur. C’est un exercice du muscle de la volonté: « [je veux être avec Toi dans le silence Seigneur], pas pour sentir quoi que ce soit, mais pour être là, peu importe si je comprends ou non ».  Au début, pour attirer son attention vers le Seigneur,  on essaie de comprendre, de lire, de méditer. Aucun problème, mais c’est l’attitude de l’enfant. Quand le petit ne peut téter, on lui donne une tétine - il ne s’alimente pas mais au moins il a sa tétine, c’est la méditation. Là on essaie de faire travailler nos puissances intérieures pour rester attentifs à ce que nous pouvons comprendre de Dieu. Ce sont les premiers pas. Imaginez-vous une jeune fille mariée. A chaque fois qu’elle veut dire à son mari qu’elle l’aime elle prend un livre et dit : « Tony, je t’aime» ! Il faut grandir ! Comment ? En se contentant  – petit à petit – de l’attention amoureuse dans la foi ou on essaie de se débarrasser de tout ce qui n’est pas Dieu pour rester dans un commerce de cœur à cœur avec Lui.

 

Si quelqu’un de la communauté revient de voyage et que personne ne le salue, que personne ne fasse attention à lui et que la vie continue normalement il sera blessé : « personne n’a fait attention à moi ». Pas de « Comment ça s’est passé, raconte-nous ! » Quelle est la différence ? C’est l’attention. Pratiquement, quand on se lève le matin, faisons aussitôt attention au Bien-Aimé. On ne sentira rien mais on prendra l’attitude de celui qui s’occupe de Lui dans la foi. Voilà ce qu’on appelle  la mémoire de Dieu, Μήμη Θεοῦ en Grec.

 


[1] « Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple » (Jr. 31, 33).