Histoire de notre Monastère


Notre monastère est très ancien et béni par le sang de plus de 120 moines martyrs. Jetons un coup d'œil sur son passé glorieux.  Lorsque Mère Agnès Mariam découvrit ce monastère en 1994, elle commença à étudier son histoire. 

Epoque Byzantine: 330 - 1453  [1]

 

Le monastère est construit sur une forteresse romaine du Ier siècle ap. JC. Les ruines romaines sont devenues un monastère au VIIème siècle (découverte dans l'enceinte du monastère  d'une pièce de monnaie de Justinien II - 565-578). Un saint ermite éthiopien, Moïse,  fils de roi, d'abord moine en Egypte et en Palestine, vint s'installer au monastère S. Jacques vers 628. Puis il sortit fonder la laure appelée plus tard de son nom: "Mar Mussa"[2]. Bien que plusieurs monastères existent à Qara - le village à 3 km du monastère - celui de Saint Jacques le Mutilé est le plus fameux, visité par un grand nombre de pèlerins venant de partout, surout du Hauran, apportant de riches présents.

 

An Mil:  premier cycle de peintures murales dans l'Eglise du monastère.

1200: deuxième cycle de peintures murales.

Ces dernières fresques ont presque totalement disparu. Des plus anciennes ont a pu conserver une bonne partie, notamment grâce à l'intervention de la DGA (Direction Générale des Antiquités) qui envoya au début des années 70 une mission pour déposer tout ce qui pouvait l'être. Ces fragments sont  actuellement gardés en sécurité jusqu'à pouvoir poursuivre le chantier de restauration, commencé avant 2000.

 

Période Mamelouk  [3]: 1250-1517

 

En 1266, le sultan mamelouk égyptien Baybars [4] pille le monastère, et exécute tous les moines, sauf ceux qui parviennent à s’échapper en se cachant "dans les abris en terre et les puits". Il rassemble les chrétiens du village, les massacre et ordonne de convertir en mosquée - qui existe toujours l'Eglise de Saint Nicolas datant du IIIème siècle. Originairement c'était un temple du soleil qui fut transformé en Eglise par Sainte Hélène lors de son passage dans la région à la recherche de la vraie Croix [5].  La population de Qara fut fortement réduite. Sachant qu’il y avait 11 Eglises à Qara et même un évêché datant de l’an 150 après JC, on peut estimer que la population était d’environ 35.000 personnes. Cette population était majoritairement chrétienne avec quelques juifs. Aujourd’hui Qara comporte environ 500 chrétiens sur une population de 20.000 habitants.

 

En 1403 les turkomans lançent un raid sur Qara, pillant le village et le monastère.

 

Période Ottomane: 1453-1917

 

L'araméen (syriaque) se parlait depuis Qara jusqu'à la côte libanaise tandis que vers l'est on parlait l’arabe.  Le monastère de Saint Jacques était donc un centre de traduction de textes liturgiques et bibliques du grec et du syriaque en arabe. Des manuscrits arabes provenant du monastère S. Jacques se retrouvent dans des bibliothèques européennes (Vatican, Berlin).

 

Voici quelques témoignages datant de cette époque: 

 

1453-1600: "Anciennement il n'y avait pas d'ordre religieux en Orient sauf Saint Jacques, qui était le siège principal. Le monastère Deir Saydeh de Ras Baalbeck lui était affilié. Plus tard ce monastère fut rattaché à l'Ordre Chouéïrite dont la maison-mère est le monastère Saint Jean de Khonchara [6]» . 

 

1477: Un Evangéliaire arabe porte ce colophon: "Le travail de ce Livre béni fut achevé le 5 du mois béni de juin de l'année 6958 de notre père Adam, 1477 AD - et ce par la main du serviteur du Christ, le misérable parmi les prêtres, Joachim Bassem Kassis, portant l'habit de la repentance, fils de Ibrahim du village de Hanak, il habitait en ces jours dans le monastère de Saint Jacques-le-Mutilé, à l'ouest de Qâra... [7]"

 

Vers 1720, la soldatesque ottomane  entre par ruse dans le monastère et massacre de nombreux religieux, puis pille les lieux. Le colonel, avec quelques officiers, s'est fait accueillir par les moines pour passer la nuit. Une fois la nuit tombée ses officiers ont ouvert les portes du monastère pour l'armée ottomane qui entre en trombe, rassemble la communauté et massacre 120 moines. Les rares survivants qui se sont échappés par les canaux romains se réfugient à Ras Baalbeck au Liban dans le monastère de Deir Saydeh (40 km à l'ouest de Qara).

 

En 1750: Grand tremblement de terre. La source d’eau est bouchée et les terres agricoles se sont desséchées. Ensuite l'Emir libanais Jahjah Al Harfouch pilla le monastère en 1790. Entre 1760 et 1800 les moines Manassé, Siméon et Arsène quittèrent le monastère pour le monastère libanais de Saint Jean de l'ordre Chouéïrite. Un an plus tard un faux moine passa par notre monastère et vola les derniers manuscrits. Peu de temps après un prêtre et un moine de l'ordre Chouéïrite s’installèrent à Saint Jacques, essayant de restaurer ce qui était possible. En 1836, le patriarche Maximos Mazloum définit le nouveau statut du monastère: A partir de ce moment, il appartiendra au diocèse catholique de Homs, Hama et Yabroud. Les Chouéïrites envoyèrent à nouveau deux moines pour prendre soin des lieux.

 

 

 

Il y a quelques traces incertaines d’une vie monastique à St Jacques par après. En 1930, le dernier prêtre du village, qui prenait soin du monastère, décéda. Après cela, le monastère est resté en ruines jusqu'en 1994 où la restauration commença sous la direction de Mère Agnès Mariam, avec la bénédiction et l’aide de l'évêque du lieu Ibrahim Nehme.

 

En Août 1993 Mère Agnès Mariam visita les ruines pour la première fois. Les travaux de restauration commencèrent le 14 Juillet 1994.

 

[1] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient (476-1453), empire médiéval chrétien, correspondant à la partie orientale de l’antique Empire romain disparu au ve siècle. Il s’est développé depuis sa capitale, Constantinople (aujourd’hui Istanbul, en Turquie), qui est tombée sous le joug ottoman le 29 mai 1453.

Si les Byzantins, eux-mêmes, datent la naissance de leur empire au règne d’Auguste (fondateur de l’Empire Romain au ier siècle av. J.-C.), la création d’une identité byzantine s’est faite progressivement. Ainsi, on peut dater l’émergence d’un État byzantin au règne de Constantin, fondateur de Constantinople et premier empereur chrétien. Car, si l’Empire byzantin est la continuation de l’antique Empire romain, il s’en distingue notamment par la réconciliation entre christianisme et pouvoir impérial. Mais Théodose joue également un rôle majeur dans l’identité de l’Empire byzantin, en scindant en 395 l’immense territoire méditerranéen en deux entités distinctes, entre Occident et Orient, la seconde formant l’Empire romain d’Orient (communément appelé « Empire byzantin » par les Occidentaux depuis le xvie siècle, bien que l’expression soit anachronique). Enfin, la chute de Rome en 476 étant une rupture majeure dans l’histoire romaine, il est admis que l’on parle d’Empire byzantin pour la période postérieure à cette date. (Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés).

[2] P. Paolo dall’Oglio, Il restauro del monasterio di San Mosel’Abissino, Nebek, Siria, p. 11

[3] Mamelouks (en arabe, mamluk, « esclave blanc »), dynastie issue d’une milice composée d’esclaves [que les Egyptiens ont importés et qui ont fait tomber le pouvoir égyptien], essentiellement turcs et circassiens, qui régna sur l’Égypte de 1250 à 1517.

[4] Durant son règne en Egypte le pays devint l’état musulman le plus puissant au Moyen-Orient.

[5] cf. La chronique de Noueïri intitulée "Nihayat al irb", Paris 1578, pp. 73-74)

[6] Chronique Al Dur Al Marsouf fi tarikh al Shouf de Hanania Al Mounayer, Bibliothèque orientale, Beyrouth)

[7] Bibliothèque de Sadnaya n°4