Frère Jean-Baudouin


F. Jean-Baudouin (belge - sur la photo à gauche) est venu pour la première fois au monastère en 2007. Depuis lors un rayon de lumière a transpercé son cœur, il n’arrivait plus à oublier cet endroit... « Je l’attirerai au désert et je lui parlerai au cœur » (Ho 2, 14).

 

Qui suis-je ?

 

Je suis un jeune homme de Bruges. J’ai 29 ans. Dans cette belle ville du Moyen-Age j’ai fait mes écoles primaires et secondaires, bien que notre famille ait habité deux ans à Bruxelles aussi. Après cela j’ai entrepris des études en journalisme, que j’ai achevées en décembre 2010. Tout en étudiant ce métier mon cœur m’appelait déjà autre part.

 

Comment ai-je appris à connaître le Seigneur ?

 

Après le divorce de mes parents ma famille a connu une recomposition et on a déménagé à Bruxelles. J’avais environ 12 ans. Je rentrais dans ma puberté et je me sentais secoué, j’avais perdu mes repères, je me sentais perdu. Durant plusieurs années j’essayais de cacher mon mal-être jusqu’à un moment où je ne voulais plus mentir à moi-même et aux personnes autour de moi et que je me suis dit : « tant pis, si je suis triste, si je n’ai envie de parler à personne, qu’il en soit ainsi. Je me tairai et je vivrai dans ma solitude». De plus en plus je me renfermais en moi-même. J’étais tellement angoissé que la moindre rencontre avec qui que ce soit me causait un grand stress. Mon seul refuge était ma chambre où je m’enfuyais de la réalité à regarder la télévision à longueur de journées. De plus en plus ma conscience me rongeait et des rêves me réveillaient la nuit.

 

J'ai vécu ainsi durant plusieurs années. Je ne trouvais aucun sens à la vie et à vrai dire je ne vivais pas - ma vie était comme sur pause. Petit à petit je me suis approché de mon cousin qui faisait des pélerinages à pied. Il paraissait heureux et je discernai comme une lumière dans ses yeux que je n'avais jamais vu ailleurs. 

 

Un jour j'ai décidé de faire moi aussi un petit pèlerinage à pied, je me décidais de marcher pour trois jours de Bruges à Tournai (vers la maison de mes grands-parents). J’ai voulu le faire sans argent, à la manière ancienne. Durant cette marche une sensation immense de liberté et de bonheur s’est emparée de moi. J’avais l’impression de respirer pour la première fois. En retournant, en suivant les dires de mon cousin, j’ai assisté à la Messe de Pâques, dans l’Eglise de Notre Dame à Bruges. C’était la première fois que j’allais tout seul à la messe. Je me suis assis au quatrième rang et je ne sais pourquoi mais des larmes ont coulé sans arrêt de mon visage, du début jusqu’à la fin. Je me sentais si consolé, si aimé.

 

Comment ai-je appris à connaître le Monastère ?

 

Durant cette même période, où je passais la moitié de mon temps à l’école et l’autre à fuir de la réalité, mon cousin et une cousine lointaine m’ont emmené visiter la Syrie. Il faut dire que mon cousin venait de rentrer de son pèlerinage à Jérusalem et qu’il avait surtout été charmé par les syriens, par leur accueil ; et par-dessus par des moniales d’un Monastère dans le désert syrien. Quand je suis rentré pour la première fois dans ce grand Monastère j’avais été surpris par une sœur. Elle n’arrêtait pas de sourire. Elle me semblait tellement heureuse, cela m’interpellait très fort. C’est là que j’ai eu l’occasion de discuter longuement avec la Mère Supérieure, Mère Agnès Mariam de la Croix. Et, pour la première fois de ma vie j’avais l’impression de parler avec quelqu’un qui me comprenait, mais sans que je devais forcément exprimer beaucoup de paroles.

  

Un an plus tard je me suis décidé à passer 6 mois au Monastère de Syrie. Je voulais étudier pourquoi cet endroit demeurait comme un lieu de lumière dans mon âme une fois revenu en Belgique. Durant ces 6 mois j’ai vraiment appris à connaître le Seigneur d’une manière personnelle. Les sœurs m’ont fait comprendre que la seule façon de dépasser les angoisses était de les faire face en m’enracinant dans la réalité de tous les jours. Petit à petit, avec l’aide des conférences de Mère Agnès Mariam, qui nous introduisait à S Jean de la Croix, je me trouvais dans la paix, dans la proximité du Bien-Aimé que je recherchais sans le savoir depuis si longtemps. Je commençais à prier et dans ce silence j’ai trouvé Jésus. Après cela je suis retourné en Belgique pour achever mes études en journalisme. Mais mon cœur était décidé : « Après mes études je serais moine en Syrie ! »

 

Comment je vis la situation durant la guerre ?

 

Je pense que de pouvoir vivre cette guerre en communauté, dans l’absence de Notre Mère et Sr Carmel, est une grande grâce pour nous. Je pense des fois à la phrase du Seigneur : « Cependant je vous dis la vérité: il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai. » (Jean 16,7). Ce n’est pas facile pour une jeune Communauté d’être privée de sa Mère Supérieure et de son bras droit. Mais cette expérience difficile, avec la guerre, fait que nous devons nous abandonner dans le bras du Seigneur et supplier de lui  l’Esprit Saint.

  

Sœur Claire-Marie, la sœur la plus ancienne, qui était présente avec Mère et Agnès et Sr Carmel, depuis le début de la fondation, tient superbement la place de responsable durant l’absence de Notre Mère Mariam. Evidemment nous avons également la présence du Père Daniel. Un prêtre belge qui, dans son vieil âge à tout quitté en Belgique pour venir servir le Seigneur en Syrie. Le Seigneur a daigné dans ces temps difficiles nous donner un prêtre qui nous fait la messe tous les jours et qui nous donne des cours de Théologie dans le Séminaire du Monastère, à Fr. David et à moi. Je te remercie Seigneur Jésus et je te bénis que je puis vivre dans ce pays dans ces moments difficiles.

 

Nous avons réalisé cette vidéo pour notre premier site en 2011. A l’époque je ne portais pas encore l’habit. Néanmoins les paroles que je disais à ce moment-là sont les même que je dirais aujourd’hui.