Histoire de notre Monastère


Notre monastère est très ancien et béni par le sang de plus de 120 moines martyrs. Jetons un coup d'œil à son passé glorieux. Malheureusement, nous nous retrouvons avec seulement une poignée de sources historiques; cela parce que le monastère a été pratiquement laissé à ses ruines à partir du 18ème siècle. Lorsque Mère Agnès Mariam découvrit ce monastère en 1994, elle commença à étudier son histoire. Cet article est basé sur ce travail et sur des informations recueillies par un historien de Qara.

Empire byzantin: 330 - 1453[1]

 

Le monastère est construit sur une forteresse romaine du 1er siècle après J.C. Les ruines romaines sont devenues un monastère dans la deuxième partie du 6ème siècle, selon le témoignage d'une pièce d’argent de Justinien II, trouvé dans l’enceinte du monastère. Un saint ermite éthiopien, Moïse, le fils d'un roi qui s’est d'abord fait moine en Egypte et en Palestine, est arrivé à Saint-Jacques autour de 628 après J.C. Il quitta le monastère pour fonder un nouveau monastère dans les montagnes 30 km à l'est de Saint Jacques, qui recevra plus tard le nom du Monastère de Saint Moïse l'Ethiopien ou "Mar Mussa"[2]. Bien que Qara (nom de notre village) et toute la région aient eu plusieurs monastères, le monastère de Saint Jacques le persan était le plus célèbre, visité par un grand nombre de pèlerins de partout. Autour du XIe siècle un premier cycle de fresques a été peint dans l'église du monastère, et un second 200 an plus tard.

 

Période mamelouke[3]: 1250-1517

 

En 1266, le sultan mamelouk égyptien Baybars[4] pilla le monastère, et exécuta tous les moines, sauf ceux qui ont réussi à s’échapper en se cachant dans les grottes et les puits. En 1266, il rassembla les chrétiens du village, et les massacra. La population de Qara fut fortement réduite. Nous ne savons pas exactement combien de personnes Baybars a tué mais sachant qu’il y avait 11 Eglises à Qara à l’époque et que Qara avait son évêché datant de l’an 150 après J.C. on peut estimer que la population était d’environ 35000 personnes. Cette population était majoritairement chrétienne avec quelques juifs. Après le passage de Baybars la balance basculera petit à petit. Aujourd’hui nous sommes environs 500 chrétiens sur une population de 20000 musulmans. L'église de Saint Nicolas (3e siècle) de Qara, à l'origine un temple païen converti par Saint Hélène, devint une mosquée lors du passage de Baybars.

  

En 1403 les turcoman effectuèrent un raid à Qara, pillant le village et le monastère, volant ses animaux.

 

Période ottomane: 1453-1917

 

D’ici, jusqu’à la côte libanaise on parlait le syriaque (aussi nommé l’araméen). Et d'ici vers l’est on parlait l’arabe. (Il y avait donc beaucoup de travail de traduction à faire). Le monastère de Saint Jacques était probablement un centre de traduction de textes liturgiques / bibliques du grec et du syriaque en arabe. Il y a des anciens livres arabes qui ont été écrits à Qara ou publiées ici au monastère dont nous avons trouvé des traces dans les bibliothèques européennes, comme au Vatican ou à Berlin.


En 1720, les Ottomans, qui ont occupé la Syrie d'environ 1500 jusqu'à la Première Guerre mondiale, sont entrés au monastère par ruse: le colonel, avec quelques officiers, ont été accueillis par les moines pour passer la nuit. Une fois la nuit tombée les officiers ont ouvert les portes du monastère pour l'armée ottomane qui entra rapidement et massacra 120 moines. Ils ont pillé les lieux. Certains moines survivants ont trouvé refuge à Ras Baalbek (40 km à l'ouest d'ici au Liban) dans le monastère filial de Deir Saydeh. A partir de ce moment le monastère ne s’est jamais complètement remis, jusqu'en 1994.

 

En 1750, il y eut un grand tremblement de terre. En raison de cette catastrophe, la source d’eau s’est bouchée et les terres agricoles se sont desséchées. Ensuite l'Emir libanais Jahjah Al Harfouch pilla le monastère en 1790. Entre 1760 et 1800 les moines Manassé, Siméon et Arsène quittèrent le monastère pour le monastère libanais de Saint Jean de l'ordre Cherouite (une famille religieuse). Un an plus tard un faux moine passa par notre monastère et vola les derniers manuscrits. Peu de temps après un prêtre et un moine de l'ordre Chouerite s’installèrent à Saint Jacques, essayant de restaurer ce qui était possible. En 1836, le patriarche Maximos Mazloum définit le nouveau statut du monastère: A partir de ce moment, il appartiendra au diocèse catholique de Homs, Hama et Yabroud. Les Chouérites envoyèrent à nouveau deux moines pour prendre soin des lieux.

 

Il y a quelques traces incertaines d’une vie monastique à St Jacques par après. En 1930, le dernier prêtre du village, qui prenait soin du monastère, décéda. Après cela, le monastère est resté en ruines jusqu'en 1994 où la restauration commença sous la direction de Mère Agnès Mariam, avec la bénédiction et l’aide de l'évêque Ibrahim Nehme.

 

En Août 1993 Mère Agnès Mariam visita les ruines pour la première fois. Les travaux de restauration commencèrent le 14 Juillet 1994.



[1] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient (476-1453), empire médiéval chrétien, correspondant à la partie orientale de l’antique Empire romain disparu au ve siècle. Il s’est développé depuis sa capitale, Constantinople (aujourd’hui Istanbul, en Turquie), qui est tombée sous le joug ottoman le 29 mai 1453.

Si les Byzantins, eux-mêmes, datent la naissance de leur empire au règne d’Auguste (fondateur de l’Empire Romain au ier siècle av. J.-C.), la création d’une identité byzantine s’est faite progressivement. Ainsi, on peut dater l’émergence d’un État byzantin au règne de Constantin, fondateur de Constantinople et premier empereur chrétien. Car, si l’Empire byzantin est la continuation de l’antique Empire romain, il s’en distingue notamment par la réconciliation entre christianisme et pouvoir impérial. Mais Théodose joue également un rôle majeur dans l’identité de l’Empire byzantin, en scindant en 395 l’immense territoire méditerranéen en deux entités distinctes, entre Occident et Orient, la seconde formant l’Empire romain d’Orient (communément appelé « Empire byzantin » par les Occidentaux depuis le xvie siècle, bien que l’expression soit anachronique). Enfin, la chute de Rome en 476 étant une rupture majeure dans l’histoire romaine, il est admis que l’on parle d’Empire byzantin pour la période postérieure à cette date. (Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés).

[2] P. Paolo dall’Oglio, Il restauro del monasterio di San Mosel’Abissino, Nebek, Siria, p. 11

[3] Mamelouks (en arabe, mamluk, « esclave blanc »), dynastie issue d’une milice composée d’esclaves [que les Egyptiens ont importés et qui ont fait tomber le pouvoir égyptien], essentiellement turcs et circassiens, qui régna sur l’Égypte de 1250 à 1517.

[4] Durant son règne en Egypte le pays devint l’état musulman le plus puissant au Moyen-Orient.