Histoire de notre ancien village de Qara


Une maison pour les premiers chrétiens


Notre village de Qara, situé dans le région montagneuse du Qalamoun, avait 11 églises (3 qui existent encore aujourd'hui) et un évêché. Depuis le début du christianisme, ce village était un bastion de l'orthodoxie. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 500 chrétiens sur une population de 20 000. Qu'est-il arrivé? Nous essayerons de donner une réponse satisfaisante (bien que notre information soit limitée) en deux parties: d'abord nous indiquerons comment le christianisme a évolué ici, ensuite nous démontrerons les difficultés que Qara a souffert périodiquement au fil du temps. Les données suivants sont un recueil de données de deux personnes du village: un historien et son cousin et de la recherche de Mère Agnès Mariam.

 

"Qara" est un mot araméen. Il signifie "le grand froid" parce qu'un vent froid a tendance à souffler ici de l'ouest. Notre village est une longue plaine de 55 kilomètres qui s’étend sur un plateau entre la chaîne de montagnes de l’Anti-Liban à l'ouest et la chaîne de montagnes du Qalamun à l'est (voir plan-dessin tout en haut de la page). L’altitude de notre village est à environ 1300m.

 

Qara est situé entre Homs, Damas et la région libanaise de Baalbek. C’était une zone stratégique pour les Romains, car tous ceux qui voulaient se rendre en Europe via la Turquie moderne devaient passer par notre village. (Ainsi, nous sommes sûrs que St Paul, et d'autres Apôtres ont passés par Qara sur leur chemin vers Antioche).

 

En 150 apr. J.-C. Qara avait son premier évêque. Autour de 325 apr. J.-C. l'évêque Macaire de Qara a participé au concile de Nicée. Saint Hélène, mère de Constantin, en 326 apr. J.-C., lors de son voyage à Jérusalem, a passé une nuit dans la ville voisine de Yabroud - dont certaines personnes disent qu’elle est la plus ancienne ville au monde. Elle a ensuite transformé le temple païen de notre village dans l'église de Saint-Nicolas. Aujourd'hui, cette église a été tranformé en la plus grande mosquée de notre village. Le règne de Julien l'Apostat a causé beaucoup de souffrances pour les habitants de Qara autour de l'an 363 de notre ère.

 

L’évêque Dada de notre village a participé au Conseil de Chalcédoine en 451 apr. J.-C. Tout au long des premiers siècles Qara est resté immune envers les influences monophysites, restants donc fidèles à la foi catholique. [Le monophysisme est un courant chrétien schismatique apparu au Ve siècle, s’opposant à la doctrine conciliaire définissant les deux natures du Christ (divine et humaine). Les monophysites soutiennent pour leur part que le Christ ne possède qu’une unique nature (divine)]. Autour de 570 apr. J.-C notre village est devenu dépendante du Métropolite de Damas. À ce stade, s'étend une longue période dont on ne sait que peu de choses avec certitude ; nous sautons donc vers l'année 1454 apr. J.-C où on retrouve notre évêque Zazai qui a assisté à une conférence sur la discussion de la date de Pâques à Damas. Nous faisons un nouveau bond dans l’histoire jusqu'à 1628 apr. J.-C, l'année du dernier 'évêque de Qara, Josehp Naama; en raison de la persécution ottomane il n'y avait plus assez de chrétiens à Qara pour justifier la présence d'un évêché.

1719-2015: Il y avait des catholiques dans Qara et dans le village voisin de Yabroud. Anciennement  nous étions responsables de Yabroud, mais à l'époque, les rôles avaient changés et nous sommes devenus dépendants des catholiques de Yabroud. En 1810, l'épiscopat Qara-Yabroud cessa d’exister, et nous devenions ainsi dépendants de Homs, qui lui était dépendant de Baalbek (Liban). Mais cette juridiction a également été rompue quand un prêtre, envoyé de Baalbek pour recueillir de l'argent, a été volé sur la route. Ensuite l'épiscopat a évolué vers sa forme actuelle: l'épiscopat catholique de Homs, Hama et Yabroud. Son premier évêque était Michael. Puis est venu Flavianus, après lui Basile, Johanna, Dyonisius, Ibrahim, Isidor et enfin notre évêque actuel Mgr Johanna Abdo (voir photo de lui avec le pape François I).

Petite digression : Notre Eglise Grecque Melkite Catholique


Nous appartenons à l’Eglise grecque Melkite Catholique. « Melkites » (du syriaque mlaka et de l'araméen malik, « roi »), nom donné au Ve siècle aux chrétiens des patriarcats de Jérusalem, d'Alexandrie et d'Antioche. Tout comme le pape et l'empereur byzantin, ils acceptaient la définition des deux natures du Christ telle qu'elle fut énoncée par le concile de Chalcédoine (451). C'est pourquoi les monophysites, qui soutenaient que le Christ n'avait qu'une nature (divine) et rejetaient de fait la position du concile, les surnommèrent « melchites » (« royalistes », c'est-à-dire partisans de l'empereur).

  

Après le schisme de 1054, les melchites rejoignirent l'Église orthodoxe mais au cours des siècles suivants certains groupes revinrent à l'Église catholique. On parla alors d'Église catholique melchite (l'une des Églises de rite oriental). Un patriarche melchite catholique (Sur la photo vous voyez notre Patriarche Grégoire III) fut reconnu par Rome en 1724. De nos jours, la communauté catholique melchite est constituée de quelque 470 000 fidèles. Parmi eux, 270 000 résident sur le territoire du patriarcat, dont le centre est à Damas, en Syrie. Leurs prêtres peuvent se marier, les services sont dits en arabe ou, si autorisation en est donnée, dans la langue vernaculaire du pays. Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

Difficultés à Qara

 

Retournons à l’hitoire de notre village. La première grande tragédie de Qara s’est produite en 1266  apr. J.-C., lorsque le sultan mamelouk Egyptien Baybars tua une grande quantité de  chrétiens à Qara, vendant leurs enfants comme esclaves en Egypte. A cet époque notre village avait une population qui était complètement chrétienne, avec quelques juifs. Nous avions 11 églises; on peut donc estimer que la population comptait entre 30 ou 40 000 habitants. Après le raid de Baybars les chrétiens de Qara ne seraient plus jamais la majorité.


La chaîne de montagnes de l’Anti-Liban (les montagnes derrière le monastère sur la photo) avait autrefois des forêts florissantes remplis d’ours et autres animaux sauvages. Quand les Turcs voulaient construire un chemin de fer de la Turquie à la Mecque ils ont coupé tous ses arbres. Maintenant ces montagnes sont désertiques, parsemé d’occasionnels vergers de cerisiers.

 

En 1712, les Turcs sont rentrés dans le monastère de St Jacques le Persan tuant 120 moines. Après la période ottomane, pendant l'occupation française, qui a duré jusqu'à l'indépendance de la Syrie en 1948, les chrétiens syriens ont beaucoup souffert parce qu'ils étaient associés à l'envahisseur français parce qu’ils partageaient leur religion. Cela a causé beaucoup de crimes haineux envers les chrétiens.

 

Depuis 70 années notre village a obtenu une indépendance progressive en vers le gouvernement, puisqu’il se perfectionnait dans la contrebande par la frontière libanaise. La contrebande est ainsi devenue la principale source de revenus du village, bien plus intéressant que de travailler pour l'Etat. Malheureusement les revenus de contrebande ont gardé les citoyens de notre village en grande partie sans instruction. Aujourd'hui cependant, en raison de la guerre, la frontière est fermée et de nouvelles façons de revenus doivent être recherchées. Aujourd'hui, la village a un chômage élevé et beaucoup vivent au bord de la pauvreté.

 

Dans son moment le plus critique des combats ici dans le village - alors que la grande majorité des villageois avait fui - nos bénévoles musulmans et chrétiens du monastère ont recueillie des vaches et des moutons provenant des fermes voisines qui allaient mourir à cause du manque d'eau et d’alimentation. En même temps, les bénévoles ont commencé à donner des colis alimentaires et de santé aux villageois qui revenaient petit à petit au village. Les villageois sont très reconnaissants envers le monastère pour cela. Maintenant la paix est revenue dans notre village, et une nouvelle page a été tournée. Nous devons travailler et prier beaucoup mais nous discernons que le Seigneur voulait purifier Qara pour lui donner un nouveau départ .Nous décelons un amour croissant des musulmans en vers les chrétiens dans notre village  (et dans toute la Syrie - sur la télévision nationale syrienne on voit plus de messes que dans beaucoup de pays européens). 


Vivre dans un esprit d'amour et de pardon mutuel ouvre de grandes perspectives d'espoir vers l'avenir. Le Seigneur nous purifie à travers cette souffrance pour nous faire un. Viens, Seigneur Jésus, bénissez notre village avec votre précieux sang, purifiez-la de tout mal, entrez dans le cœur de tous ses habitants afin qu'ils confessent ton saint nom. Amen!